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En défense du républicanisme irlandais
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En défense du républicanisme irlandais PDF Print E-mail
Monday, 08 October 2012 19:49

Editorial de Saoirse, octobre 2012, par Des Dalton


Nombreux sont ceux qui penseront que les lignes qui suivent sont d’une lecture désagréable, plus nombreux encore sont ceux qui croient que les questions ici abordées devraient être évitées à tout prix au nom de « l’unité ». Mais cacher d’un coup de balai ces problèmes sous le tapis, au lieu de les affronter franchement, ne rendrait pas service au républicanisme irlandais. J’irai plus loin en disant qu’affronter ces problèmes est une obligation qui ne peut plus être éludée. Vient un jour où certaines choses doivent être dites et enregistrées publiquement.


Le républicanisme irlandais est peut-être l’une des traditions révolutionnaires les plus anciennes du monde. Ses racines s’enfoncent jusqu’à la fin du 18è siècle, au moment de la fondation de la Société des Irlandais Unis en 1791.

 

 

 

Au cours de sa longue histoire, il a rencontré de nombreuses menaces et pendant certaines périodes il a semblé qu’il s’était éteint. Par exemple dans les années 1940, Gerry Boland, ministre de la justice des 26 comtés se réjouissait de la mort de l’IRA et se vantait d’en être le responsable. Mais en cela, Boland n’a pas été plus heureux que ses nombreux prédécesseurs et ses successeurs. Malgré des siècles de coercition, la flamme révolutionnaire a été entretenue et ravivée. Le républicanisme a survécu aux gibets, aux pelotons d’exécution, aux camps d’internement et aux prisons.

 

Toute la panoplie de lois draconiennes et de répressions a été employée par Westminster, Stormont et Leinster House pour tenter d’éteindre cette flamme. Le fait qu’ils n’y soient pas parvenus peut s’expliquer par toute une série de raisons. Mais il y a une raison qui se tient au-dessus de toutes les autres : c’est le fait tout simple que le républicanisme irlandais a pu au minimum forcer le respect et la considération de larges sections du peuple irlandais.

 

Même ceux qui se sont déclarés les opposants de la tradition républicaine révolutionnaire, ont admis qu’ils respectaient malgré tout l’idéalisme et l’intégrité qui lui sont sous-jacentes. John Waters, dans un article paru dans le Irish Times du 14 septembre qui critiquait en termes virulents les organisations dont faisaient partie Bobby Sands et Patsy O’Hara, a néanmoins concédé « qu’il y avait quelque chose de noble et de rédempteur dans la conviction et le sacrifice de ces hommes. »

 

Aujourd’hui, les rangs des ennemis ont grossi de l’afflux d’anciens camarades désormais prêts à administrer et à faire appliquer la domination britannique, mais une nouvelle menace a émergé ces dernières années, qui est sous beaucoup de rapports la menace la plus sérieuse que le républicanisme irlandais a jamais rencontrée.

 

Il s’agit de l’émergence de groupements qui se font appeler « républicains », mais qui utilisent ce noble titre pour couvrir leurs véritables desseins : l’extorsion et le racket. Dans certains cas, ils se font passer pour des militants anti-drogues, ou des ‘défenseurs du quartier’. Ces gangs menacent insidieusement la survie même de l’idéal républicain.

 

Ces groupes pseudo-républicains cherchent à contrôler leurs quartiers par la peur. Leur pose révolutionnaire masque une réalité sordide, à savoir que la seule guerre qu’ils mènent n’est pas une guerre de libération nationale, mais une guerre contre les jeunes de leurs propres quartiers. Forcer un père à amener son fils se faire punir par balles dans les genoux, comme cela s’est passé à Derry, est quelque chose de médiéval, aux antipodes de tout idéal progressiste républicain.

 

Il est clair que les gangs de la drogue qui colportent leurs marchandises dans les quartiers de tous les coins d’Irlande et dans toutes les classes, sont des ennemis du peuple d’Irlande. Les quartiers et les militants qui s’opposent à eux méritent notre soutien le plus complet et le plus actif. Les républicains irlandais ont le droit d’être fiers du rôle qu’ils ont joué dans des groupes comme Concerned Parents Against Drugs dans les années 1980, et il est vital qu’aujourd’hui les républicains continuent de se tenir aux côtés de leurs voisins, à la ville comme à la campagne, pour s’opposer à ces vendeurs de mort et de destruction sociale.

 

Toutefois, les groupes pseudo-républicains qui extorquent de l’argent aux dealers de drogue ne sont pas moins parasites que ces derniers. Sous beaucoup d’aspects ils sont même pire qu’eux, puisqu’ils se font les sangsues de ces quartiers qu’ils prétendent défendre. Ils sont en effet des dealers de drogue par délégation et pour rajouter à l’insulte, ils souillent, ce faisant, la noble appellation républicaine.

 

Les agissement des ces gangs pseudo-républicains possèdent le potentiel de dévorer comme un cancer le républicanisme irlandais en son cœur même, pour finalement ne laisser à sa place qu’une cosse vide, dénuée de toute pertinence et de tout crédit.

 

Il incombe à ceux qui se réclament des titres historiques du républicanisme de stopper cette dérive. Notre impératif catégorique est de lever le bouclier contre ce détournement de l’idéal républicain; nous devons diriger par l’exemple afin de nous assurer que le républicanisme irlandais authentique continue de vivre dans les cœurs du peuple irlandais. Il n’est pas suffisant de se réclamer des titres historiques, encore faut-il y conformer sa pratique. Pour ce faire, nous dans Republican Sinn Féin, devons nous prendre garde qu’une ligne de démarcation bien nette soit tracée entre tout ce qui représente bel et bien le républicanisme, et tout ce qui ne présente qu’une parodie pervertie et détournée de celui-ci.

 

Pendant les deux années passées, Republican Sinn Féin a été la cible directe de telles activités. Un groupe dirigé depuis Limerick a tenté d’usurper notre identité et notre renom pour mener sous ce manteau leurs activités criminelles. Ce gang réunit les critères qui définissent classiquement une barbouzerie, ou ‘black op’, qui voit des forces étatiques monter un groupe fantôme qui pervertit tout ce que le mouvement révolutionnaire légitime représente. Le but de ces faux groupements est de semer la confusion, de briser le moral et de discréditer le mouvement révolutionnaire véritable.

 

Dans le passé, Republican Sinn Féin a été accusé par ses opposants d’être « élitiste ». Je pense que nous ne devrions pas nous effrayer d’une telle accusation, mais qu’il faudrait au contraire la revendiquer. Lorsque nous cherchons à nous assurer que notre mouvement est une organisation politique révolutionnaire motivée et crédible, le fait qu’il soit décrit comme étant élitiste devrait être vu comme une marque d’honneur.

 

Au cours de son histoire, le mouvement républicain a tiré fierté du fait qu’il a attiré dans ses rangs les individus les plus idéalistes, les plus sincères et les plus capables de chaque génération. Dans son histoire de l’IRA des années 1920 qui a fait date, The Secret Army, J. Bowyer Bell a fait la remarque suivante : « Les meetings du conseil militaire et du grand quartier général bouillonnaient d’idées, de disputes, d’options et de suggestions; malgré l’usure du temps et de la politique, il y avait au sein de la direction une concentration de talent telle qu’on n’en trouvait pas d’équivalent dans tout autre groupe en Irlande. »

 

De son côté, Thomas Davis a expliqué ce qui était requis pour forger un mouvement national: « Nous devons être disciplinés – disciplinés dans la pratique de la vertu rigoureuse et fortifiés dans notre sens de la justice, de la vérité et de la fidélité à la nation ».

 

Terence Mac Swiney a lui aussi établi des exigences élevées: « Nous devons nous former une idée appropriée de la grande cause que nous servons, de son ampleur et de sa splendeur; et pour nous rendre dignes de son service, nous devons avoir un ethos au-dessus de tout reproche. »

 

Dans l’Irlande du 21è siècle, c’est ce niveau que nous devons viser. C’est à partir d’un tel matériau que les révolutions fermentent et c’est à travers lui que la survie des idéaux et d’une cause est assurée.

 

Pour cette tradition révolutionnaire, qui a pu survivre aux efforts acharnés des Etats britanniques et des 26 comtés, faire autrement reviendrait à capituler devant des forces ténébreuses qui dansent sous les petits coups saccadés de nombreux marionnettistes. Il convient de terminer avec les  mots de la Proclamation de 1916; ces paroles que devraient méditer longuement tous ceux qui cherchent à appliquer le républicanisme : « nous prions pour qu’aucun de ceux qui servent cette cause ne la déshonore par couardise, inhumanité ou rapine. »

 

Traduction: Liberation Irlande (France)


 

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